Sous l’effet de la fast fashion, l’industrie de la mode s’est transformée en un modèle fondé sur la production massive, le renouvellement rapide des collections et des prix toujours plus bas. Résultat : l’industrie de la mode a doublé sa production dans les dernières années, pour atteindre 150 milliards de vêtements produits par an. Cette accélération a un coût environnemental majeur, en particulier car la fabrication des vêtements représente la principale source de pollution du secteur.
Cette analyse vise à comprendre d’où viennent les émissions et les pollutions liées à la fabrication textile et comment la seconde main permet de réduire la pression exercée sur les matières premières, l’énergie et les écosystèmes.
La mode : un modèle qui pèse lourd sur la planète
L’essor de la fast fashion a profondément transformé notre manière de consommer les vêtements. Ce modèle a des conséquences importantes sur l’environnement : le secteur textile représente entre 4 et 8% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, soit autant si ce n’est plus que l’aviation[1]. Sans changement dans le modèle textile dans les prochaines années, on estime que les émissions du secteur textile devraient atteindre environ 2,7 milliards de tonnes par an dans les prochaines décennies[2].
Dans l’optique de limiter le réchauffement climatique, les scientifiques ont calculé un « budget carbone », c’est-à-dire une quantité maximale de gaz à effet de serre que l’humanité peut encore émettre. Selon la Fondation Ellen MacArthur, si le secteur textile continue sur sa trajectoire actuelle, il pourrait utiliser à lui seul plus d’un quart de ce budget d’ici 2050[3].
Réduire l’impact de la mode implique donc de revoir non seulement la manière dont nous produisons les vêtements, mais aussi la manière dont nous les consommons.
Une production ultra polluante
La plus grande partie de l’impact environnemental d’un vêtement intervient avant même qu’il arrive en magasin. Environ 80 % des émissions de gaz à effet de serre du secteur proviennent de la phase de production de nos vêtements[4].
Cette production exerce une forte pression sur les ressources naturelles, notamment sur l’eau. La fabrication d’un simple t-shirt demande environ 2 700 litres d’eau douce, soit suffisamment pour couvrir les besoins en eau potable d’une personne pendant 2,5 ans[5]. En plus de sa grande consommation d’eau, l’industrie textile contribue aussi fortement à la pollution de l’eau : près de 20 % de la pollution mondiale des eaux serait liée aux activités de teinture et de finition des textiles, qui utilisent de nombreux produits chimiques[6].
L’essor des fibres synthétiques accentue encore l’impact néfaste de nos vêtements sur la planète. Le polyester représente presque 70% de nos textiles[7]. Fabriqué à partir de pétrole, le polyester est peu coûteux mais génère de nombreux impacts : extraction de ressources fossiles, fortes émissions lors de sa fabrication et accumulation de déchets, car il n’est pas biodégradable. Par ailleurs, une part croissante des vêtements est désormais fabriquée à partir de mélanges de fibres, par exemple de coton et de polyester. Si ces mélanges permettent d’améliorer certaines propriétés des textiles, ils compliquent fortement leur recyclage, car les différentes fibres sont difficiles à séparer dans les procédés actuels. Bien que les fibres synthétiques dominent désormais le marché, le coton reste une matière majeure pour nos vêtements. Mais fibres naturelles ne signifie pas forcément fibres bonnes pour la planète : la culture du coton est très gourmande en eau et nécessite beaucoup d’engrais chimiques et de produits phytosanitaire[8].
Enfin, la production textile est largement concentrée dans des pays où l’électricité repose encore largement sur des énergies fossiles très carbonées. En Chine, par exemple, l’industrie dépend fortement du charbon, ayant ainsi des émissions 40% plus élevées que dans des pays européens[9].
La seconde main, solution pour réduire l’impact de nos vêtements
Puisque la fabrication représente la majeure partie de l’impact environnemental d’un vêtement, la meilleure façon de réduire l’impact d’un vêtement est souvent de ne pas en produire un nouveau. Une approche d’autant plus pertinente que nous produisons aujourd’hui beaucoup plus de vêtements que nécessaire ! La production actuelle de textile permet d’habiller toutes les personnes de la planète 12 fois[10].
En effet, si la production de vêtements a pratiquement doublé au cours des 15 dernières années, les études montrent que nos vêtements sont de moins en moins portés[11]. Nos vêtements sont trop peu utilisés. On estime qu’entre 4% et 9% de ceux mis sur le marché européen sont détruits sans jamais avoir été utilisés[12]. La marque anglaise Burberry avait notamment fait parler d’elle quand elle avait détruit pour 31 millions d’euros de vêtements et cosmétiques au lieu de les vendre à bas prix, pour garder son image « d’exclusivité ».[13]
À l’inverse, prolonger la durée d’utilisation d’un vêtement permet d’amortir l’impact lié à sa fabrication sur une période plus longue. Selon certaines estimations, en portant un vêtement deux fois plus longtemps, on fait baisser ses émissions de 44%[14].
La seconde main repose sur cette logique : utiliser un vêtement déjà produit permet d’éviter une nouvelle fabrication et donc une grande partie des impacts associés aux matières premières, à l’énergie et à la production. Les études montrent que la seconde main est l’un des modèles de consommation textile les moins émetteurs en carbone, notamment lorsque les vêtements sont réutilisés localement. Selon une étude publiée dans Science of the Total Environment, la seconde main pourrait permettre de réduire jusqu’à 90% de l’empreinte carbone d’un vêtement lorsqu’elle remplace l’achat d’un produit neuf.[15]
Par exemple, si l’impact carbone d’un jean est de 25kg de CO₂, l’achat d’occasion permettrait d’économiser les 23kg de CO₂ de sa fabrication[16], soit l’équivalent de 160 km en voiture. Pour rester sur une trajectoire de réchauffement de la planète de 1,5 degrés, il faudrait donc qu’un vêtement sur cinq soit vendu à travers l’économie circulaire[17].
La seconde main ne permet pas à elle seule de résoudre l’ensemble des impacts du secteur textile, mais elle constitue l’un des leviers les plus immédiats pour réduire son empreinte environnementale. En prolongeant la durée de vie des vêtements existants, elle permet d’éviter la fabrication de nouvelles pièces, qui concentre la majorité des émissions et des consommations de ressources. Pour être pleinement efficace, elle doit toutefois s’inscrire dans une transformation plus large de nos habitudes : acheter moins, choisir des vêtements plus durables, les entretenir davantage et favoriser leur réemploi plutôt que leur remplacement. La transition vers une mode plus durable passe donc autant par une meilleure utilisation de ce qui existe déjà que par une réduction de la production de nouveaux vêtements.
Bibliographie
Ademe, Connaissez-vous le jean « made in Hauts-de-France » ?, Juin 2024, https://infos.ademe.fr/industrie-production-durable/2024/connaissez-vous-le-jean-made-in-hauts-de-france/
Ellen MacArthur Foundation, A new textiles economy: Redesigning fashion’s future, 2017, https://www.ellenmacarthurfoundation.org/a-new-textiles-economy
European Environment Agency, Textiles and the environment: the role of design in Europe’s circular economy, https://www.eea.europa.eu/en/analysis/publications/textiles-and-the-environment-the-role-of-design-in-europes-circular-economy-1
Li Z. et al., « The carbon footprint of fast fashion consumption and mitigation strategies: A case study of jeans », Science of the Total Environment, 2024, https://doi.org/10.1016/j.scitotenv.2024.171508
Oxfam France, Mediabrief Fast Fashion, 2025, https://www.oxfamfrance.org/app/uploads/2025/10/FAST-FASHION-MEDIA-BRIEF-OXFAM-FRANCE.pdf
Oxfam France, Pourquoi la fast fashion est un désastre pour l’environnement, Avril 2026, https://www.oxfamfrance.org/climat-et-energie/impact-environnemental-mode-fast-fashion/
McKinsey, Fashion on climate, How the fashion industry can urgently act, 2020: https://www.mckinsey.com/~/media/McKinsey/Industries/Retail/Our%20Insights/Fashion%20on%20climate/Fashion-on-climate-Full-report.pdf
Parlement européen, Mode éphémère : législation européenne pour une consommation textile durable, Décembre 2020, https://www.europarl.europa.eu/topics/fr/article/20201208STO93327/mode-ephemere-legislation-europeenne-pour-une-consommation-textile-durable
[1] Textiles and the environment: the role of design in Europe’s circular economy, août 2025, https://www.eea.europa.eu/en/analysis/publications/textiles-and-the-environment-the-role-of-design-in-europes-circular-economy-1
[2] Mc Kinsey, Fashion on climate, how the fashion industry can urgently act, 2020:
[3] Ellen MacArthur Foundation, A new textiles economy: Redesigning fashion’s future, 2017, https://www.ellenmacarthurfoundation.org/a-new-textiles-economy
[4] European Environment Agency, Textiles and the environment: the role of design in Europe’s circular economy, https://www.eea.europa.eu/en/analysis/publications/textiles-and-the-environment-the-role-of-design-in-europes-circular-economy-1
[5] Parlement européen, Mode éphémère : législation européenne pour une consommation textile durable, Décembre 2020, https://www.europarl.europa.eu/topics/fr/article/20201208STO93327/mode-ephemere-legislation-europeenne-pour-une-consommation-textile-durable
[6] Parlement européen, Mode éphémère : législation européenne pour une consommation textile durable, Décembre 2020, https://www.europarl.europa.eu/topics/fr/article/20201208STO93327/mode-ephemere-legislation-europeenne-pour-une-consommation-textile-durable
[7] Mc Kinsey, Fashion on climate, how the fashion industry can urgently act, 2020:
[8] Oxfam-Magasins du monde, Impact environnemental du secteur textile : le dernier clou dans le cercueil, 2019, https://oxfammagasinsdumonde.be/impact-environnemental-du-secteur-textile-le-dernier-clou-dans-le-cercueil
[9] Oxfam France, Rapport Fast Fashion 2025
[10] Ademe, Connaissez-vous le jean « made in Hauts-de-France » ?, Juin 2024, https://infos.ademe.fr/industrie-production-durable/2024/connaissez-vous-le-jean-made-in-hauts-de-france/
[11] Ellen MacArthur Foundation, A new textiles economy: Redesigning fashion’s future, 2017, https://www.ellenmacarthurfoundation.org/a-new-textiles-economy
[12] Parlement européen, Mode éphémère : législation européenne pour une consommation textile durable, Décembre 2020, https://www.europarl.europa.eu/topics/fr/article/20201208STO93327/mode-ephemere-legislation-europeenne-pour-une-consommation-textile-durable
[13] Ouest France, Burberry brûle pour plus de 30 millions d’euros de produits, juillet 2018, https://www.ouest-france.fr/economie/commerce/luxe/burberry-brule-pour-plus-de-30-millions-d-euros-de-produits-5887556
[14] Mc Kinsey, Fashion on climate, how the fashion industry can urgently act, 2020:
[15] Li Z. et al., « The carbon footprint of fast fashion consumption and mitigation strategies: A case study of jeans », Science of the Total Environment, 2024, https://doi.org/10.1016/j.scitotenv.2024.171508
[16] Ademe, Détail de l’impact carbone d’un jean, https://impactco2.fr/outils/habillement/jeans
[17] Mc Kinsey, Fashion on climate, how the fashion industry can urgently act, 2020: