Oxfam-Magasins du monde

Carte blanche - La mode jetable n'est pas une fatalité : la Belgique doit choisir une autre voie

Seconde main Shs
Carte blanche - La mode jetable n'est pas une fatalité : la Belgique doit choisir une autre voie

Alors que des milliards de vêtements ne seront jamais portés, les réglementations européennes s’affaiblissent. La Belgique peut choisir une autre voie en responsabilisant les producteurs et en soutenant la seconde main. En ce mois de Second Hand September, poser un geste concret.

Chaque année, entre 100 et 150 milliards de vêtements sont produits dans le monde, dont 15 à 45 milliards ne seront même pas vendus ni portés. Alors que la fast fashion continue d’alimenter une crise sociale et environnementale majeure, le cadre règlementaire ne suit pas, et est même affaibli. À l’occasion du Second Hand September, nous appellons la Belgique à soutenir la seconde main et à imposer un cadre à une industrie qui produit trop, trop vite et trop souvent au détriment des droits humains.

4 à 8 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde

Derrière chaque t-shirt vendu à quelques euros se cachent une consommation massive d’eau et d’énergie, des émissions de gaz à effet de serre, des montagnes de déchets et des travailleuses et travailleurs privés de leurs droits fondamentaux. Le secteur textile représente entre 4 et 8 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, soit autant si ce n’est plus que l’aviation. Pourtant, la fast fashion continue de prospérer sans entrave. Pire encore : alors que l’urgence climatique et sociale devrait conduire les pouvoirs publics à renforcer les règles qui encadrent cette industrie, c’est le mouvement inverse qui semble s’opérer.

En France, la proposition de loi contre la fast fashion avait suscité un véritable espoir. Après deux ans d’attente et de blocage, le texte qui visait réduire l’impact environnemental de l’industrie textile a été largement dilué. Les compromis successifs ont réduit la portée du texte, limité à seuls quelques acteurs de l’ultra fast fashion et laissé de côté une partie des mécanismes pourtant indispensables pour transformer durablement le secteur.

Le constat est le même au niveau européen. Au lieu de proposer les conditions d’une industrie plus durable, circulaire et plus respectueuse des droits humains, la simplification réglementaire est devenue un prétexte pour repousser ou affaiblir des législations essentielles.

L’exemple le plus frappant est celui de la directive sur le devoir de vigilance des entreprises. Après des années de mobilisation de la société civile, de syndicats et de victimes, ce texte devait obliger les grandes entreprises à prévenir les atteintes aux droits humains et à l’environnement tout au long de leurs chaînes de valeur. Aujourd’hui, son champ d’application est remis en question, sa mise en œuvre retardée et plusieurs de ses obligations sont en passe d’être considérablement amoindries.

Les multinationales dans un climat d’impunité

Le message envoyé est préoccupant : les multinationales sont libres d’agir comme elles le souhaitent dans un climat d’impunité généralisé. La Belgique ne peut pas rester spectatrice de ce recul. Notre pays a l’occasion de démontrer qu’une autre voie est possible. Il peut tirer les enseignements de l’expérience française, ses avancées comme ses limites. Il faut encadrer et limiter la surproduction, la surconsommation, l’opacité des chaînes d’approvisionnement et l’absence de prise en charge des coûts sociaux et environnementaux.

D’ici avril 2028, la Belgique devra mettre en place une REP textile. Elle doit en faire un véritable levier de changement : responsabiliser les producteurs, favoriser des vêtements plus durables et financer le réemploi, la réparation et la seconde main. C’est l’occasion de changer les règles du jeu, plutôt que de demander aux consommateurs de porter seuls le poids de la transition.

Cela suppose aussi de soutenir celles et ceux qui démontrent déjà qu’une autre économie fonctionne. Les acteurs et actrices de l’économie sociale et de la seconde main prolongent la vie des vêtements, créent des emplois locaux, rendent la mode plus accessible et réduisent notre empreinte environnementale. Pourtant, ils continuent de subir une concurrence déloyale de modèles fondés sur des volumes toujours plus importants et des prix artificiellement bas.

En ce mois de Second Hand September

Les citoyennes et citoyens sont prêt·es à changer leurs pratiques. Le succès grandissant de la seconde main le montre. Les alternatives existent. Les acteurs de l’économie sociale démontrent chaque jour qu’une autre mode est possible. Ce qui manque aujourd’hui, ce n’est pas la preuve qu’un autre modèle fonctionne. C’est le courage politique de lui donner enfin les moyens de devenir la norme.

En ce mois de Second Hand September, choisir la seconde main est un geste concret. Mais pour que ce geste ait un véritable impact, il doit être accompagné d’un cadre politique capable de freiner la fast fashion et de soutenir les modèles qui placent enfin l’humain avant le profit et la planète avant la surproduction.

Une opinion de Noémie Galland-Beaune (chargée de recherche et de plaidoyer, Oxfam Magasins du monde), Eva Smets (directrice, Oxfam Belgique), Sanna Abdessalem (coordinatrice, Achact) et Franck Kerckhof (directeur adjoint, Ressources)

Une carte blanche parue le 03 septembre (La Libre Belgique), signée par Oxfam-Magasins du monde, Oxfam Belgique, Ressources et AchAct.