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Let’s "queer" le débat écologique! Entretien avec Brigitte Baptiste

Analyses
Let’s "queer" le débat écologique! Entretien avec Brigitte Baptiste

Dans la continuité de l’analyse du lien entre écoféminisme et crise écologique [1]Estelle Vanwambeke (2018), Ce que l’écoféminisme nous dit sur la crise écologique : https://www.oxfammagasinsdumonde.be/blog/2018/12/31/ce-que-leco-feminisme-nous-dit-sur-la-crise-ecologique/, ce texte s’intéresse au mouvement de l’écologie « queer » (en anglais queer ecology), qui traduit la convergence entre les luttes des minorités LGBTI+[2]Abréviation utilisée pour se référer à la minorité sexuelle et de genre, incluant Lesbiennes, Gays, Bisexuel·le·s, Transgenres, Queers, Intersexes, puis depuis plus récemment Asexuel·le·s, … Continue reading et l’activisme environnemental. Ce mouvement, qui s’esquisse dès la fin des années 1970 avec notamment l’initiative des Radical Faeries[3]Lecerf Maulpoix Cy, Le Donné Margaux, « Sensibilités climatiques entre mouvances écoféministes et queer », Multitudes, 2017/2 (n° 67), p. 66-74. DOI : 10.3917/mult.067.0066. URL : … Continue reading, partage de nombreux points avec l’écoféminisme, ses messages et modes de revendication. Il propose en effet de penser conjointement les oppressions exercées sur les minorités sexuelles et de genre (considérées comme allant « contre-nature » dans les sociétés patriarcales et hétéronormatives), et sur la nature (que les sciences modernes ont opposée à la « culture »).

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L’écologie queer questionne le rapport (binaire, sexué, de domination) que nous, humains, entretenons à la nature, partant du principe que la nature elle-même est queer (littéralement « étrange »), c’est-à-dire qu’elle ne correspond pas forcément aux classifications biologiques auxquelles l’Homme moderne l’a assignée pour mieux la dominer.

Cela suppose notamment de mesurer toute la complexité de ce qui peut être contenu dans le mot « genre », qui exclut encore trop souvent les identités non-binaires, à savoir celles qui ne s’identifient pas au genre qui leur est assigné à la naissance ou par la société, et/ou qui souhaitent élargir les constructions du « féminin » et du « masculin ».

En résonnance avec l’éco-féminisme, l’écologie queer invite à imaginer un autre rapport possible entre espèces du vivant, au moyen d’un activisme qui défend la place aux émotions telles que l’humour, la joie et l’attention, pour susciter un élan collectif libérateur, en contraste avec l’activisme écologique traditionnel davantage porté sur la dénonciation[4]Pour approfondir le sujet, lire l’analyse « Ce que l’écoféminisme nous dit sur la crise écologique”, accessible en ligne: … Continue reading.

Dans cette proposition éminemment politique, les activistes de l’écologie queer vont peupler leurs récits environnementaux de personnages autres-que-humains, LGBTI+, non-binaires et féministes[5]Voir par exemple le travail des Ateliers de l’antémonde : https://antemonde.org/revue-de-presse/page/2/, et introduire une forme nouvelle d’agir, mettant en relation des éléments que la Modernité oppose : nature et culture, homme et femme, Nord et Sud… Jouer avec les mots, danser pour les non-humains[6]Je fais allusion ici au projet « Dance for Plants » : http://www.danceforplants.com/, créer des alliances fâcheuses avec des éléments en apparences incompatibles, invite à penser autrement et à déjouer un réel qui semble immuable, stabilisé. Les dualismes stériles s’en retrouvent éclatés, affaiblis, au point de ne plus savoir très bien ce qui relève de la nature ou de la culture, du sexe ou du genre, du Nord ou du Sud…

Cet heureux brouillage de frontières rappelle fortement le travail de la féministe et biologiste Donna Haraway, où chienne et cyborgs sont les sœurs d’une grande famille très queer d’espèces compagnes. En effet, les récits de Haraway puisent leur univers et leurs personnages dans les marges, dans les entre-deux et interstices des genres, des races, des espèces, des sciences et de la technologie, des savoirs, des générations aussi. Plutôt que d’additionner les différences et expériences d’oppressions, le féminisme d’Haraway s’expérimente à coup « d’accouplements fâcheusement et délicieusement forts », parfois « illégitimes » avec des machines et des puces électroniques, des non-humains, végétaux et animaux, qui se tissent dans la responsabilité, l’intersubjectivité et l’affinité plutôt qu’en fonction de leur identité[7]Donna Haraway, Le manifeste cyborg et autres essais. Sciences-Fictions-Feminismes. Anthologie établie par Laurence Allard, Delphine Gardey et Nathalie Magnan. Éd. Exils Editeurs, 2007 ; et Donna … Continue reading.

Parmi les voix influentes de l’écologie queer, on distingue celle, peu connue du public francophone, de la biologiste colombienne et transgenre Brigitte Baptiste. Figure phare de l’écologie queer dans le monde hispanique, Baptiste possède une longue carrière dans la gestion environnementale et la défense de la biodiversité en Colombie. Elle a par ailleurs contribué à la renommée internationale de l’Institut National Colombien pour la biodiversité (Institut Humboldt) qu’elle a dirigé pendant 10 ans, et s’amuse des critiques qui lui sont adressées pour ses postures « radicalement tièdes » en matière de politique[8]Expression qu’utilise Brigitte Baptiste à l’occasion de sa rencontre publique avec Doma Haraway à Bogotà, en août 2019.. Baptiste essaye d’incorporer l’idée de la diversité et de la biodiversité dans tous les aspects de la vie sociale, politique et économique colombienne, et dans le monde académique depuis sa récente prise de poste à la direction de l’Université EAN (originellement École d’Administration des Affaires) de Bogotá, en 2019.

Dans l’entretien qui suit, elle aborde sa vision des questions qui l’occupent, à savoir l’identité de genre, l’écologie et l’innovation face aux mutations de notre monde, où la question environnementale se pose en clé d’interdisciplinarité et de coopération. Sans surprise, il est possible d’entrevoir des correspondances avec les propos de Donna Haraway qu’elle a rencontrée en août 2019 à Bogotá[9]Le rencontre est disponible sur Internet (en espagnol) : https://www.youtube.com/watch?v=r7KvI3z4S3w .

L’entretien se déroule à distance, à la fin mars 2020, et s’installe très rapidement dans le registre du tutoiement, cher aux cultures hispanophones, et précieux en période de confinement où la « distanciation sociale » est d’ordre. « Puisque l’on doit être éloignées et séparées physiquement, que le langage nous serve au moins à nous rapprocher », dit Brigitte Baptiste.

Estelle Vanwambeke : Dans la plupart des interviews et articles te concernant, la mention à ton identité de genre est quasi systématique. Est-ce important pour toi de faire cette précision dans le portrait que l’on retranscrit de toi ?

Brigitte Baptiste : Oui, c’est un aspect fondamental, mais j’ai une perspective de l’identité un peu personnelle, dans la mesure où je considère que mettre l’accent sur l’identité est un des problèmes de la société contemporaine, et particulièrement en ce qui concerne l’identité de genre. Cela fait des centaines d’années que l’on structure les notions de masculinité, de féminité, et leurs rôles associés, à des définitions identitaires formulées à partir de considérations esthétiques et de droits, mais tout cela est devenu très instable. Aujourd’hui il est possible de questionner ces définitions, ce qui rend la notion même d’identité moins robuste, et moins déterminante de notre participation dans la société. Alors je crois que c’est très important, à ce moment de l’histoire, de revoir un peu nos attentes de l’identité. Et cela dans tous les sens du terme, pas seulement en matière de genre. L’identité a une forte composante d’individualité, au point qu’elle est utilisée de manière marquée pour faire le récit de l’héroïsme et le leadership, comme une source d’exemple moral.  Je crois qu’elle est surestimée. C’est pour cela que je pense qu’il est sain de jouer un peu avec notre identité et être plus fluides, un peu moins disposé·e·s à être capturé·e·s et fixé·e·s dans du formol[10]Formol : Solution chimique employée comme désinfectant, fixateur et conservateur, notamment en biologie..

E.V : Parlant de formol, peux-tu nous en dire plus, justement, sur les liens que tu fais entre la Transidentité et les questions écologiques, en tant que biologiste ?

B.B : Moi je viens d’une tradition de la biologie classique dans laquelle l’identité des êtres vivants se définit en les tuant, en les mettant dans une cruche d’alcool et en décrivant leur morphologie sexuelle et génitale, curieusement, pas seulement leur morphologie en général. Sauf à quelques exceptions près, une grande quantité d’espèces vivantes sur la planète sont décrites suivant des modèles de musée. Je pense que cette organisation du monde, basée sur la construction taxonomique est regrettable, c’est une organisation extrêmement appauvrissante du phénomène évolutif. Je peux comprendre qu’au 18e siècle les naturalistes aient eu recours à cette stratégie pour essayer de comprendre les qualités du monde, mais maintenant qu’on en sait plus sur l’évolution, sur la génétique, que nous savons combien le monde est fait de connexions… mettre l’accent sur cette notion d’espèce morphologique et d’identité anatomique me semble même préjudiciable. Cela transmet l’idée que le monde aurait besoin de références extrêmement statiques et qu’il est bon et sain de construire ces références comme un mécanisme de gestion, d’action politique et d’intervention du monde. Je crois donc que l’identité est devenue une stratégie fatale, une forme agressive de traiter et d’habiter le monde contemporain. Elle nous cause beaucoup de douleur, parce qu’en tant qu’individus nous aimerions nous déployer davantage dans le monde, nous aimerions l’expérimenter davantage, tout comme nous souhaiterions expérimenter davantage notre corps, nos rôles.

Nous recevons sans cesse des messages contradictoires qui nous disent : « cherche-toi ! », « développe-toi ! », « trouve tes talents ! »… Alors qu’en même temps, cette recherche de soi-même est chargée de limitations : « cherche-toi, mais pas tant que ça ! », « explore ! » … mais avec une quantité d’avertissements sur les risques qu’impliquent les variations de ton comportement sexuel, de tes formes de vie, tes attitudes esthétiques… Bref, il y a un message très contradictoire de la modernité en ce sens. Personnellement j’ai du mal avec cela. Mon transgenrisme[11]Aussi appelé « transidentité » a été un refuge contre l’autoritarisme, contre les restrictions du monde. La construction d’identité est traversée par des milliers de choses, par l’histoire familiale, par l’éducation, par les moyens de communication, et les messages de la société. C’est donc une tâche extrêmement complexe que de reconstruire son identité, et de savoir jusqu’où un projet identitaire est important au XXIe siècle. C’est un sujet qui me fascine. Cela me semble extrêmement intéressant, autant sur un plan personnel que collectif, d’analyser dans quelle mesure on se retrouve coincé dans soi-même (notamment par le langage), et dans quelle mesure l’humanité reste coincée dans sa propre obsession identitaire, non ?  

E.V : Oui, je retrouve dans ce que tu dis l’une des revendications de la queer ecology, qui questionne le rapport que nous, humains, entretenons à la nature, que nous calquons sur des références issues de découpages modernes. Qu’en penses-tu ?

B.B : Ce sujet m’intéresse beaucoup parce que du point de vue théorique, en écologie et dans les questions environnementales, cela implique une réflexion et un questionnement profonds sur le changement, sur la notion de transformation d’un monde que l’on cherche constamment à stabiliser, pour offrir du bien-être à tout le monde ; en construisant non pas une utopie mais une eutopie[12]De l’anglais Eutopia, mot inventé en 1516 par Thomas More pour désigner, exceptionnellement, le lieu imaginaire qu’il a conçu dans son livre Utopia. Construit avec le préfixe grec εὖ eu- … Continue reading, que celle-ci soit capitaliste ou socialiste, qui tente de construire un type de paradis matérialisé sur terre. Or il se trouve que dès qu’on cherche à stabiliser le monde, le monde bouge ou tremble, se remplit de virus – de coronavirus–, et se déstabilise à nouveau. Pour le dire en anglais : “world is always shaking us”. C’est très important parce que cela attire notre attention sur notre manière de comprendre le monde, et la condition de changement permanent des systèmes. Nous ne réagissons pas de manière adéquate à cette condition de changement permanent de la nature, – et là j’utilise volontairement le mot « nature » – on construit sans arrêt des produits culturels condamnés à l’échec. Or, si c’est ça notre temps, une lutte pour des eutopies condamnées à l’échec, alors évidemment notre humanité n’a pas d’opportunité. C’est la tragédie grecque réaffirmée. C’est pour cela que j’insiste sur le fait que la question de l’identité des écosystèmes, des cultures, des sociétés, peut et doit être questionnée en permanence avec un esprit de créativité et d’expérimentation, avec beaucoup d’éthique, de soin pour les autres, et pour un monde dans lequel il est possible de vivre sans l’obsession de stabilité, de permanence, et même d’éternité.

E.V: J’entends, dans ton appel à habiter le monde en acceptant le changement, des résonnances avec les écrits de Donna Haraway que tu as eu l’occasion de rencontrer l’été dernier au Théâtre Jorge Eliécer Gaetan de Bogotá, peux-tu développer cette question ?

B.B : Oui, l’idée m’enchante ! C’est ce qui me motive affectivement et intellectuellement. Comprendre, et essayer d’aider à comprendre la manière dont nous construisons ou comprenons le monde. Inviter les gens à réfléchir sur la nature du changement. La recherche de la durabilité par exemple, doit passer par cet exercice de soin qui consiste à inventer et designer ce nouveau monde en considérant l’histoire – si tant est qu’elle nous serve à quelque chose-, et à partir de notre inspiration artistique, notre éthique, en envoyant un message très positif et optimiste sur le futur. Je crois que c’est là qu’échoue la modernité. Son récit du futur est finalement très prosaïque, autolimitant. Je collabore par exemple avec un petit collectif artistique qui fait de la photographie et de la vidéo. Depuis deux ans nous travaillons sur les transformations du corps, et les relations du corps avec le monde ; le corps et l’animalité ; le corps ici, en Colombie, au milieu de l’extinction et de la mégadiversité … Et, à partir de là nous proposons des exercices créatifs, des installations, des performances, des choses que moi en tant que biologiste je n’avais jamais faites ouvertement. Je suis en réalité peu expressive en ce sens (elle rit), mais cette réflexion sur le corps me semble importante.

Ensuite, avec d’autres groupes de l’Université, ou auparavant du Centre Humboldt, je mène un travail très intéressant sur le rôle de l’innovation associée à l’ingénierie. Les métiers de l’ingénierie sont liés à une perspective très positiviste des choses. Pourtant, ils sont présents aussi dans la gestion culturelle, et il y a une volonté d’innover dans les langages avec lesquels ils travaillent la durabilité, et même l’entreprenariat. Comment alors comprendre l’entreprenariat comme une décision créative qui propose des alternatives à notre manière de faire les choses, dans n’importe quel domaine ? Dans ces secteurs plus conventionnels, il est intéressant de présenter l’idée de la gestion du changement, les récits du changement, les perspectives de transformation pour libérer un peu les forces qu’il y a derrière tout cela.

A l’université nous enseignons l’ingénierie chimique, de nouvelles manières de comprendre la chimie dans la société, les énergies renouvelables… qu’est-ce que signifie cela pour un pays comme la Colombie ? Dans toutes les initiatives que nous menons à l’intérieur de l’université nous veillons à donner un accent propre à notre territoire, à notre contexte. Je crois qu’il y a une bonne disposition, la communauté académique est très disposée à se remettre en question. Dans un texte que j’ai appelé “Innovation radicale”, j’essaye de poser le problème de l’innovation à fond, à partir de l’écologie, et de préciser où se situent les ruptures qui font que de nouvelles entités apparaissent, de nouvelles conditions, de nouvelles relations.

E.V: Dans ta rencontre avec Donna Haraway tu te revendiquais « radicalement tiède » …

Oui, on m’accuse de déplacer la discussion d’un côté à un autre, de ramener l’attention sur l’amplitude d’interprétations qui existent sur un sujet. Que ce soit l’industrie minière, la faim, la participation politique … je considère qu’un seul récit absolu nous condamne au conflit, à l’impossibilité, et je pense qu’il y a ici une faille épistémologique de taille dans la contemporanéité. Moi je suis écologue cybernétique, donc j’observe comment l’évolution fonctionne écologiquement parlant, et finalement j’introduis la touche queer, qui est ce qui me semble inspirant et divertissant, très personnel. C’est comme douter de l’identité depuis la sexualité, depuis le genre, c’est toujours intéressant, et ça donne toujours une touche, disons, étrange, aux réflexions si systématiques et organisées (comme le sont les luttes écologiques par exemple.). C’est alors que je commence à parler de la queer ecology comme un procédé d’analyse narrative, un procédé qui questionne légèrement, touche gentiment le problème des relations, des structures, toujours avec l’intention de remplir de couleur et de sourires cette discussion autour des transformations.

J’aimerais avoir plus de temps pour discuter sur ces thèmes-là, parce qu’il est pratiquement impossible de ne pas être capturée et étiquetée dans les discussions plates qui prennent place sur les réseaux sociaux au sujet de la gestion des forêts, de l’alimentation, par exemple. Moi j’essaye de m’évader constamment. J’organise beaucoup de débats, et dès que l’on essaye de me faire entrer dans une catégorie, de me fixer, je m’enfuis. Je m’en vais parce que là commencent à se congeler les possibilités d’expérimenter, et ça se passe souvent trop vite.  

Il y a certainement des discussions inévitables, du fait de la matérialité même du monde. Peut-être est-ce inévitable que le monde se manifeste et se stabilise par périodes. Cela arrive dans l’écologie, dans le processus d’évolution. Les choses ne sont pas toujours aussi instables, mais j’ai, disons, un caractère fuyant, et la communauté avec laquelle je collabore dans le milieu environnemental et politique s’indigne de cela, parce que je pose toujours un scénario « possibiliste », qu’elle apprécie moins en termes d’engagement politique. Il y a une demande pour que je me positionne politiquement de manière beaucoup plus stricte, plus engagée, mais je n’en suis pas capable. Mon point de vue en ce moment, c’est que n’importe quelle tentative de fixer le monde en ce moment est un exercice mortel. C’est tomber dans la mort à nouveau, et je ne suis pas disposée à cela. Mon épistémologie, pour le moment, c’est l’humour.

Conclusion

La radicalité d’une démarche écologique « queer », comme celle de Brigitte Baptiste, consiste à s’affranchir des discours écologiques traditionnels qui excluent trop souvent les minorités raciales, sexuelles, de genre et de classe, et trop souvent basés sur la dénonciation. Or, « si la dénonciation était efficace, il y a longtemps que le capitalisme aurait disparu »[13]Isabelle Stengers, Philippe Pignarre (2007), La sorcellerie capitaliste. Pratiques de désenvoûtement, Ed. La Découverte Poche / Essais n°249 avec son lot d’injustices écologiques et sociales. Un des défis majeurs de notre temps consiste donc à revisiter nos modes de raconter et d’agir politique en explorant les porosités du mythe de modernité.

Le mouvement queer écologiste est inspirant en ce sens, dans la mesure où il prend racine dans les marges même du système qui l’exclut, et où il célèbre l’intersection entre différentes minorités, là où d’autres y voient des alliances fâcheuses et irréconciliables. Pour cette minorité souvent associée au domaine de la « contre-nature », l’enjeu consiste à s’approprier la lutte environnementale en brouillant les catégories de nature, de genre, de race et de classe.

Dès lors, « Queer » est à ce mouvement ce qu’est « Reclaim » au mouvement écoféministe : un geste, davantage qu’un mot, qui consiste à se réapproprier les terrains dont ils, elles et « iels » [14]Forme de langage inclusif employée par le mouvement activiste queer et LGBTI+, introduisant la notion de non-binarité. ont été historiquement exclu·e·s. Queer est un verbe qui invite à l’action, en dépassant les écueils de la trilogie moderne capitalo-patriarcalo-raciste. Par sa capacité à vivre dans les contradictions, il reconstruit et invente de nouveaux modes d’activisme en croisant les luttes LGBT+, anti-racistes et environnementales.[15]Voir par exemple d’autres analyses sur le sujet sur le blog canadien Niche – Nouvelle Initiative pour l’environnement : … Continue reading

Pour aller plus loin :

Donna Haraway, Le manifeste cyborg et autres essais. Sciences-Fictions-Feminismes. Anthologie établie par Laurence Allard, Delphine Gardey et Nathalie Magnan. Éd. Exils Editeurs, 2007.

Donna Haraway, The Companion Species Manifesto. Dogs, people, and significant otherness. Éd Prickly Paradigm Press, 2003.

En Colombie, la championne de la biodiversité est transgenre, 2019, Reporterre.net: https://reporterre.net/en-colombie-la-championne-de-la-biodiversite-est-transgenre

Lecerf Maulpoix Cy, Le Donné Margaux, « Sensibilités climatiques entre mouvances écoféministes et queer », Multitudes, 2017/2 (n° 67), p. 66-74. DOI : 10.3917/mult.067.0066. URL : https://www.cairn.info/revue-multitudes-2017-2-page-66.htm

Lecerf Maulpoix Cy, Quand le mouvement queer rencontré l’écologie, 2016, Reporterre.net:  https://reporterre.net/Quand-le-mouvement-queer-rencontre-l-ecologie

NICHE, Nouvelle initiative Canadienne en histoire de l’environnement : https://niche-canada.org/2020/06/30/black-lives-black-birds-and-the-unfinished-work-of-queer-ecologies/

Notes[+]