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Drames humains en cascades

Ou comment lutter contre le trafic d’êtres humains lié au changement climatique en Inde et au Bangladesh.

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2010, Goran Bose, un village de l’est de l’Inde. Cela fait 6 mois que Rumana, une jeune fille de 14 ans, dort sous un morceau de bâche au bord de la route. Le cyclone « Aila » a détruit la plupart des maisons de la région, obligeant son père à partir en ville pour trouver du travail. Réduite à la mendicité, Rumana n’hésite pas lorsqu’un étranger lui propose de travailler dans une usine de confection à 100 km de là. Mais ce n’est pas un emploi qu’elle y trouve : la jeune fille est vendue à une maison close, dans le tristement célèbre quartier rouge de Kolkata, où elle passe les trois années suivantes dans la prostitution forcée.

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Malheureusement, son histoire n’est pas inhabituelle dans les Sundarbans, une région de delta entre l’Inde et le Bangladesh où la pauvreté, la proximité avec la frontière et la vulnérabilité aux impacts du changement climatique augmentent les risques de violations des droits humains. L’ONG Justice and Care estime ainsi que, chaque année, environ 50.000 femmes et jeunes filles seraient victimes de traite d’êtres humains à la frontière entre l’Inde et le Bangladesh. On constate également de nombreux cas de travail des enfants (notamment dans l’industrie de transformation du poisson) et de travaux forcés dans des ateliers clandestins.

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Située à plusieurs mètres en moyenne sous le niveau de la mer, cette région des Sundarbans est particulièrement exposée aux cyclones et à l’érosion côtière. Les eaux salées amenées par les fréquentes submersions rendent progressivement les terres impropres à toute culture et polluent les nappes phréatiques souterraines. La région est historiquement protégée des vagues et tempêtes par une immense forêt de mangrove. Mais celle-ci disparait peu à peu sous l’effet cumulé de l’exploitation forestière, de la salinisation des eaux et de la construction de barrages en amont.

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A Goran Bose, de nombreuses femmes telles que Rumana se retrouvent au sein d’un collectif de survivantes, Bandhan Mukti. Elles collaborent avec des ONGs locales pour sensibiliser dans les écoles aux dangers de la traite et aider à la réhabilitation des victimes. De nombreuses filles viennent leur demander de l’aide, notamment dans les cas de mariages d’enfants, qui induit des risques majeurs de trafic. Anu, une survivante de Bandhan Mukti témoigne : « Les gens nous voient comme des victimes, mais nous sommes aussi des leaders ».

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Au Bangladesh, un partenaire d’Oxfam-Magasins du monde, Corr-The Jute Works (CJW), tente de lutter contre le trafic d’êtres humains au travers de différentes activités. L’organisation forme des femmes au tissage de paniers à base de plantes résistantes au sel, telles que le hogla. Cela leur permet de subvenir à leurs besoins et d’éviter de devoir migrer. CJW les aide également à créer des coopératives autonomes tout en les formant en matière de dynamique de groupe, de leadership, de genre ou de commerce équitable.

Pour aller plus loin. Les histoires relatées ici sont extraites d’un article du journal britannique The Telegraph. Le thème a également fait l’objet d’articles dans The Fuller Project, The Guardian et The Diplomat, et d’analyses plus poussées dans des rapports d’Anti-slavery et de l’Organisation Internationale pour les Migrations. Dans le cadre de la campagne « Let’s do it fair » : une analyse sur ce thème est disponible sur le site, un article du dossier de campagne décrit plus largement les activités de CJW, et une étude détaille les apports du commerce équitable en matière de justice climatique.